C'est mal parti. Le tourisme victime de l'amateurisme et des voeux pieux

Regard désabusé de professionnels : Le tourisme touché par la précarité et une mauvaise promotion

Le tourisme est l’une des mamelles de l’économie sénégalaise. Mais, il risque de tomber comme l’agriculture, du fait de plusieurs facteurs bloquants. Quelques semaines après l’ouverture officielle de la saison touristique, le Syndicat national de l’hôtellerie, des restaurants, cafés et bars du Sénégal (Snhrcbs), affilié à la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts), tire la sonnette d’alarme.

Un secteur en difficulté

Depuis quelques années, au Sénégal, le tourisme est confronté à des difficultés du fait de la rareté de la clientèle qui se fait, de plus en plus, désirer. Cela crée d’énormes problèmes à l’ensemble du secteur, et précarise les emplois, tout en exposant les gens au travail saisonnier. Cette situation préoccupe le syndicat national de l’hôtellerie, des restaurants, cafés et bars du Sénégal (Snhrcbs). «Il faut s’attendre à une rupture assez précoce et prématurée. Par conséquent, nous nous retrouvons avec des employés qui sont, le plus souvent, en attente. S’y ajoutent les contrats à durée indéterminée qui en souffrent. Maintenant, la sécurité se trouve dans les contrats à durée déterminée. Il y a, maintenant, beaucoup plus de contrats précaires que de contrats fixes», déplore Mamadou Diouf.

La promotion n'a pas donné de résultats tangibles 

De l’avis du secrétaire général du Snhrcbs, cette situation est due à la façon dont la promotion du tourisme est faite. «Nous avons une promotion qui se fait à Deauville et au niveau local. Mais celles-ci n’ont pas répondu à nos attentes. Il va falloir que les acteurs qui gravitent autour du secteur puissent, en synergie, faire un travail qui puisse, garantir une promotion qui tend à avoir le maximum de clients. Malheureusement, tel n’est pas le cas», constate M. Diouf qui soutient qu’il y a un réel besoin de sécurité pour la clientèle. «Il va falloir, comme on l’avait dit lors des concertations sur le tourisme, installer une police touristique, comme c’est le cas dans d’autres pays, pour que nous puissions garantir la sécurité des clients que nous recevons», propose Mamadou Diouf, selon qui, il faut promouvoir, de façon concrète, la destination sénégalaise. Et d’ajouter : «Il y a d’autres problèmes, surtout, au niveau des résidences para hôtelières, dont nous avons toujours demandé la réglementation, qui a été promise par certains ministres du tourisme, et qui n’a pas encore donné les résultats escomptés.»

D'abord professionaliser et moderniser

Mamadou Diouf, par ailleurs, secrétaire général adjoint de la centrale syndicale Cnts, reconnaît la nécessité d’explorer d’autres produits touristiques, parce que ceux existants sont vieillissants. Mais, «je crois que le gouvernement en est conscient et que quelque chose est en train de se faire. Il va falloir qu’on se tourne vers le tourisme culturel et d’autres formes de tourisme, parce que le balnéaire, qui est un vieil outil, tend à disparaître. Il faut maintenant, qu’on aille vers une innovation totale», pense M. Diouf, qui croit qu’il faut étendre la promotion touristique vers un autre système au niveau des réceptifs, comme la cuisine, la restauration.

Mamadou Diouf, directeur des achats à l’hôtel Palm Beach, demande, «pour une gestion saine du tourisme sénégalais, qu’on se professionnalise. Au ministère du tourisme, par exemple, depuis plusieurs années, on se retrouve avec des profanes en la matière. Est-ce qu’on peut avoir des résultats avec des gens qui ne connaissent pas le produit ? Je ne le crois pas», déclare-t-il avant de suggérer : «Il faut prendre des gens qui peuvent apporter quelque chose au secteur. Dans le contraire, on va à l’aveuglette et on n’arrivera pas aux résultats escomptés.»

Le tourisme haut de gamme est un leurre 

Selon lui, «on parle de clientèle haut de gamme, mais il faut d’abord qu’on ait des outils haut de gamme, des hôtels haut de gamme et un service haut de gamme. C’est en ce moment-là qu’on aura une clientèle haut de gamme». Il considère que la situation du secteur demande des mesures urgentes. Dans son esprit, «il faut que les professionnels puissent faire une concertation permanente, pour trouver des solutions aux problèmes et relancer le secteur, qui en a besoin. Si on dit aujourd’hui que le tourisme est la deuxième mamelle économique du pays, il faut vraiment, quand même, que les gens fassent le maximum d’efforts pour qu’on ne se retrouve pas comme avec la culture de l’arachide. Parce qu’on parlait, jadis, d’agriculture, de pêche et de tourisme, mais aujourd’hui, on ne parle plus de l’agriculture».

Par Assane DEME - Correspondant - Le Quotidien


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