Cé koi ce binzzz ? Un monument à la Gloire de la Renaissance Africaine

Ici c'est Sénégal. Par Ajax

Dans ses notes confidentielles révélées par le Canard Enchaîné, l'ambassadeur de France JC Rufin a parlé d'un monument dans le style Kim Il Sung en érection à Dakar. J'ai cherché à savoir de quoi il s'agit et j'ai enfin trouvé. Eh bien, c'est le Monument à la renaissance africaine qui sera plus haut que la statue de la Liberté : 50 mètres. Et pour qu'on la voit encore plus, ce binzzz est perché sur la colline des Mamelles.

Ah oui ! Le Sénégal avait bien besoin de ça pour exalter la fierté africaine. Quatorze milliards de francs ! Une goutte d'eau dans un océan de dilapidation. L'architecte chouchou de Wade, Pierre Goudiaby, justifie la statue dont il doit superviser le chantier en disant que les touristes pourront y monter et voir un superbe panorama sur Dakar. C'est sûr : de la haut, on verra très bien le "potentiel de croissance du continent" que symbolise cette horreur : une famille qui sort d'un volcan ! Une symbolique digne de l'art soviétique des années cinquante. Je me souviens que Georges Pompidou avait été très décrié pour son Centre culturel à Beaubourg. Peut-être que l'avenir donnera raison à Wade comme à Pompidou et que son monument va attirer 2 millions de visiteurs par an venus du monde entier, comme le centre Beaubourg ! (lol)  Ce magnifique monument donne tort au célèbre discours controversé de Sarkozy à Dakar : il démontre à l'évidence que l'Homme africain a tout compris et qu'il est bien entré dans l'Histoire... D'ailleurs, Wade a tellement compris l'africanité du message qu'il a commandé cette œuvre à des Coréens inconnus dont tout le monde sait qu'ils sont plus africains que le célèbre sculpteur sénégalais Ousmane Sow...

Par ailleurs, je remarque que les Nord-Coréens ne savent pas faire grand choses, sauf survivre et faire des statues néo-staliniennes (et des fusées quand même). Et ils ont réussi à en fourguer une à mégalo-Wade. Je me pose la question en sens inverse. Qu'est-ce que les Sénégalais qui ne savent pas faire grand choses non plus auraient pu vendre aux Coréens pour compenser la balance des échanges commerciaux ? Une usine de djembés ? Des leçons de lèvres qui remuent ? Des photos de marabouts ? Un logiciel pour manipuler des élections présidentielles ? Des grigris et des potions magiques ? Un tonneau des danaïdes géant ?

 

monument.jpg

Légende de la photo

Pour vous rendre compte de l'échelle du machin, regardez les personnages simulés en bas de l'image. Le monument est tourné vers l'océan et l'occident.

A mon avis, perché si haut, l'Enfant doit montrer du doigt toutes les pirogues qui fuient vers le potentiel de croissance... A moins qu'il n'aperçoive au loin l'arrivée de nouveaux prêts du FMI et de l'Europe qui vont engraisser les potentats de l'Afrique à fric.

Pour l'Homme, le sculpteur n'a pas oublié de faire apparaitre une petite bosse au bon endroit, symbole de la croissance africaine selon Pascal Sevran.

Pour la Femme, il a mis des cheveux crépus qui flottent dans le vent, fier symbole de la négritude, comme l'a chanté Léopold S. Senghor. Ah non ?.... pardon... je m'ai trompé. Le sculpteur a du oublier de modifier son catalogue de sculptures de femmes blanches à vendre aux non-démocraties occidentales.

Je note qu'aucune protestation n'a été émise par les imams gardiens de la probité et des bonnes mœurs, ce qui m'étonne, car si on rencontrait un couple habillé comme ça dans les rues de Dakar, il serait en prison depuis longtemps. Et puis, si je me souviens bien, je crois que l'Islam n'aime pas beaucoup les représentations humaines, donc les sculptures. Ma foi, les Imams et marabouts sénégalais s'en foutent car si l'on comptait les représentations d'Amadou Bamba...

Par contre, je suis d'accord avec les Rochers qui emprisonnent les jambes de l'Homme : c'est bien le symbole de l'immobilisme, du carcan des traditions (inch Allah) et de la bêtise des dirigeants qui empêchent l'Africain d'avancer. Probablement qu'ils vont répondre que c'est un symbole de l'Emprise du Colonialisme et de l'Esclavage. Mais si le sculpteur avait fait ses rochers plus coulants, on aurait pu croire que l'Homme africain avait les deux pieds dans la merde. Heureusement, ce n'est pas le cas : ces rochers sont bien dessinés et ne ressemblent pas à des étrons.

L'Œuvre entière, par contre, elle pourrait être surnommée l'Etron des Mamelles...

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Le futur Monument à la renaissance africaine

Publié le 23/08/2008 09:34 par Angela Corrigan (Continental News)

Un nouveau monument, appelé Monument de la Renaissance africaine, est en cours de construction à Dakar au Sénégal. Il doit symboliser le potentiel et la croissance du continent. Ses détracteurs estiment, au contraire, que sa construction entrainera des couts inutiles et détournera l'attention des Sénégalais des vrais problèmes de l’heure.

Les artisans nord-coréens s’attèlent à la construction du monument de bronze et d’acier. Ils sont à pied d’œuvre sur une colline de Dakar, bâtissant l’une des structures les plus ambitieuses du monde. D’une hauteur de plus de 50 mètres, le monument, une fois terminé, sera plus grand que la Statue de la Liberté à New York. Il représentera un homme émergeant d’un volcan, sa femme dans un bras et son enfant dans l’autre. L’initiative est née de la volonté du président Senegalais, Abdoulaye Wade.

« Avant qu il ne devienne président, Abdoulaye Wade avait écrit un livre sur sa vision de l’ Afrique et dans un passage du livre, il imaginait un géant sortant d’un volcan avec sa famille et pointant le doigt vers le nord, qui représente le développement, l’ Amérique. Après son élection, il m’a appelé et m’a dit, je veux faire construire un monument qui symboliserait la Renaissance du continent », explique Pierre Goudiaby Atepa, architecte du projet.

Ce travail ambitieux, dont Atepa espère l’achèvement d’ici la fin de l’année prochaine, s’inscrit dans la lignée de nombreux projets d’envergure imaginés par l’administration Wade. Ainsi, le chef de l’Etat sénégalais souhaite également faire construire un théâtre national, qui deviendra le plus important du continent, un nouvel aéroport ainsi qu’un immense Musée de la culture africaine.

Les choix du président Wade ont suscité de nombreuses critiques de la part de ses adversaires politiques et de la population. Certains estiment que tous ces projets ne visent qu’à masquer les signes de pauvreté dans le pays. Des porte-parole de la présidence ne cessent de répéter que les nouveaux édifices sont réalisés avec des fonds privés. L’architecte Pierre Goudiaby Atepa dit qu’il comprend que les gens se plaignent du manque de communication autour du projet. Mais, selon lui, les détracteurs devraient penser aux bénéfices à long terme. L’économie sénégalaise sera renforcée par l’émergence de nouvelles constructions dans la capitale, estime-t-il.

En attendant, le président Wade a fait la promotion du futur monument à l’extérieur du pays, offrant des brochures aux visiteurs internationaux et lors de ses déplacements a l’étranger. Au-dessus du phare gardant la presqu’île où prend fin le continent africain, la base de la statue commence à ressortir. Les deux premiers étages sont presque terminés. Des plans montrent un escalier en colimaçon devant le monument, au sommet duquel les visiteurs auront une vue imprenable sur l’océan et la ville de Dakar. (VOA)


 
Un autre article du Soleil lire ici

 

 


Renaissance de l'art africain

Comme le fait justement remarquer Lieve sur le forum Et Tok, ce n'est pas à un Sénégalais que Wade a passé commande. Pourtant, Ousmane Sow est mondialement connu et reconnu...

Tak boum

Ma foi, devant l'inertie générale et le silence des lecteurs de Tak, je me dis que cette image tellement symbolique de l'Afrique d'aujourd'hui pourrait me permettre de terminer l'année 2008 sur Tak et même rester figée ad vitam eternam en clôturant ce site.

Et pourquoi continuer à dénoncer, critiquer, se moquer ? Rien ne pourra changer ici en Afrique avant longtemps. C'est désespérant. Je perds mon temps.


cette statue

ne dis pas cela ajax.; beaucoup de personnes sont absentes en ce moment.. et ce'est vrai que je reconnais que moi aussi je n'ai pas lu cet article mais là .. je viens de le faire (manque de temps) et je peux t'assurer que je pense que c'est trop abuser !!! ca ne rime à rien.. l'argent serait tellement mieux ailleurs que pour l"érection de ce monument qui ne veut rien dire.. et n'a aucun sens à mon avis.. la famille qui s'échappe vers l'europe comme tu dis ??? ce qui me choque c'est le semblant de vetements!!! surtout au senegal!!! ca ne ressemble pas à la vie là bas... QUE VEUT DIRE WADE EXACTMENT avec cela ?

Des généralités lamentables

Je trouve lamentable le simplisme dont vous faites preuve dans ce site. Le « potentiel de croissance du continent africain » est bien réel, encore aujourd'hui après des siècles de colonisation et d'esclavage. Les références au discours imbécile de Sarkozy me répugne autant. Lamentable est l'insulte que vous faites au nord-coréens et aux africains. Ces peuples bien avant l'occident on développé de brillantes civilisations. Réduire ce peuple aux dérives contemporaines de leurs dirigeants est encore une preuve, s'il en fallait une, de la stupidité, de l'ignorance et de l'arrogance dont vous faites preuve. Puisque votre stupidité semble vous aveugler au point de faire des généralités pareilles, je vous rappellerai que dans cette Afrique encore meurtrie et victime, souvent avec la complicité de ses dirigeants, de la cupidité et de l'hypocrisie (faites donc un tour au cimetière des anciens combattants de Thiaroye) des puissances occidentales, des homme et des femmes se battent, jour après jour, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les familles, sur les terrains de jeux... pour faire de leurs fils et de leurs filles des hommes et des femmes responsables qui prennent résolument leur destinée en main. Et puisque vous vous voulez donneur de leçon, qu'avez vous comme leçon pour nos amis français, qui ayant vu leur parents et grand-parents travailler jusqu'à 12h par jour sur des échafaudages, dans des mines, ...; et qui aujourd'hui, à l'heure de la retraite vivent dans la pauvreté (et y mourront probablement) ont cru que « travailler plus pour gagner plus » est un progrès?

Tiens !

Tiens ! Il y a au moins un Sénégalais qui suit... Merci de me lire. Mes provocations auront donc servi !

pleure pas Ajax!!

Rassure toi, il ne va sûrement pas faire ça et dépenser bêtement 14 milliards pour une statue:il est redevenu raisonnable et voici ce qu'il a déclaré ces jours ci: "Devant des spécialistes de l'Education et des bailleurs de fonds venus nombreux à cette rencontre d'Oslo, le chef de l'Etat sénégalais avait rappelé que " financer l'Education est le meilleur moyen de sortir de la récession et de permettre à la communauté internationale d'aider l'Afrique à rattraper son retard en matière de développement " Un petit calcul approximatf me fait penser qu"avec cette somme il pourrait faire construire au mpoins 3000 classes de collège!!! Les coréens préfèreront sûrement faire ça; vu que c"est urgent depuis au moins 12 ans!!! Mais personne n'en a parlé à Wade sûrement Quoi:!!! Vous ne savez pas qu'il y a plein de collèges sans bâtiments?Si un seul de vous me le demande, je vous en parle....

j ai apprecie!

Contrairement a Jeanba2015,qui franchement manque d humour je trouve cet article absolument genial et divertissant. Franchement Ajax, tu te surpasses..J ai particulierement apprecie la legende de la statue. Je me suis tordue de rire.. je pense que Wade serait bien capable de faire ce binz, imbu de lui meme qu il est, avec son effigie a la place du gars..ca ferait encore plus stalinien. merci Ajax de m avoir fait du bien en ce 1er de l an. Meilleurs voeux a tous

Le binzzz

Merci Saida et meilleurs voeux. Hélas, d'après mes informations, le binzzz en est au "deuxième étage". Etage ? Il faut bien grimper jusqu'à la tête pour admirer le paysage, aussi, cela doit représenter 6 mètres sur 50 au total.

Si un Dakarois peut nous informer précisemment, ce serait sympa.


La statue de Kim Il Wade

Je pense que notre vieux Wade veut laisser un message à la nation et qu'il va faire changer à la dernière minute la tête du Sénégalais anonyme par la sienne, permettant ainsi au peuple sénégalais reconnaissant de le remercier éternellement, comme Kim Il Sung sauveteur et bienfaiteur de la Corée du Nord et vénéré comme tel.

Ci-dessous, Kim Il Sung montrant le potentiel de croissance de la Corée, là-bas à l'infini de l'horizon. Les Coréens regardent par terre s'il ne trouvent pas quelques miettes de pain jetées par un touriste pour les pigeons.

http://www.lefigaro.fr/medias/2008/03/07/20080307PHOWWW00224.jpg


Le binzzz

Je peux vous assurer qu'il se construit, j'habite à côté. je ne sais pas encore à quel étage ils sont parvenus mais ça commence à monter ! Bertha

:-( Encore un beau gâchis !

Je ne suis plus au Sénégal, mais j'en ai eu l'écho que ce chantier au sommet de l'une des deux Mamelles est encore un beau gâchis... :-(

Une photo du binzzz

Bonjour bertha. Peux tu m'envoyer une photo du chantier que je la publie ?


Photo du Binzzz, janvier 2009

Binzzz.jpg

Voici une photo du binzzz envoyée par Bertha et prise avant hier. On voit que l'œuvre prend son envol : trois étages !

Merci Bertha pour cette collaboration.


le binzz

Amul solo ! Si vous voulez je peux photographier l'évolution des travaux... Bertha

le binzz

cette construction se situe ou à Dakar?

binzz

à la sortie de Ouakam et avant d'arriver au phare des Mamelles

Le binzzzz et la tour Kadhafi

J'attend de voir tout ça fini.  Cool


Futurs chefs-d'oeuvre

Moi aussi et je me réjouis déjà ! Je m'offrirai même un survol de ces deux chefs-d'oeuvre en petit avion privé, avion qui aura décollé de l'aéroport de Diass bien évidemment...

Le monument des "farmacions"

L'avis d'un journaliste du Monde sur le binzzz

Les commentaires sur seneweb sont très... divers. En particulier, ce monument est perçu comme franc-maçon (des farmacions, comme l'écrit l'un des posteurs...)


Le Monde :    Jeudi 5 Mar 2009

 

Nouveaux amis, nouveaux héros - Les nouveaux partenaires de l'Afrique

C'est le point le plus occidental du continent noir, au bout du Sénégal et de l'Afrique, là où Dakar semble se hisser sur la pointe des pieds pour voir plus loin vers l'ouest, au-delà de l'océan. Mais la statue monumentale en construction sur le rivage montre qu'en ces temps de globalisation galopante, les points cardinaux peuvent se chevaucher. Le monument en construction, dédié à la Renaissance africaine, regarde à la fois vers l'ouest et vers l'est, produit d'un symbolisme sans frontière. Sénégalais pour l'idée (celle-ci émane "de Son Excellence Maître Abdoulaye Wade, président du Sénégal", rappelle un panneau à l'entrée du chantier), il est construit par une entreprise nord-coréenne, Mansudae Overseas Project Group, déjà auteur d'un écrasant monument dans "l'arpent des héros" en Namibie. Quant à l'inspiration, elle se situe entre le volontarisme de la Chine maoïste et certaines envolées de l'architecture soviétique, du temps où l'URSS mettait autant de soin à exalter ses propres héros qu'à honorer les "pays amis", dont certains étaient africains.

A présent, c'est à de nouveaux amis que l'Afrique a affaire. "Vous aurez marqué l'Afrique par un travail colossal", a déclaré Abdoulaye Wade en s'adressant aux entrepreneurs nord-coréens, éperdus de bonheur en dégustant l'hommage, si rare pour qui vient du pays de Kim Jong-il. Colossal, le monument célébrant l'avènement de la période de renaissance de l'Afrique l'est bel et bien. A la fin des travaux, il représentera une famille de héros sculpturaux en bronze, d'une hauteur de 50 mètres, s'arrachant des entrailles de la terre pour se "diriger vers la lumière", juchés sur un immense socle qui hébergera aussi un hôtel cinq étoiles. Le monument de la Renaissance africaine sera "plus haut que la statue de la Liberté", assure-t-on à Dakar, ce qui est mathématiquement exact, dans la mesure où cette dernière plafonne à 46,50 m.

Le symbole de poids voulu par le président Wade pour signifier l'entrée de l'Afrique dans une ère prometteuse est placé sous le signe de l'hybridation. Mélange des styles, financement complexe, message à compartiments témoignant de l'euphorie de la poussée en avant du continent lors de la dernière décennie. Pendant cette période, l'Afrique a enregistré plus de 6 % de croissance en moyenne, grâce à la flambée des prix des matières premières, des minerais au pétrole, mais aussi grâce à des réformes menées à bien et à l'intensification des échanges avec une partie de la planète, notamment asiatique, de plus en plus intéressée par cet ultime marché en friche. Depuis, la crise financière a frappé et les lendemains de la renaissance sont incertains, mais face au monument de Dakar, il semble tôt pour s'affoler.

Pendant cette période faste, l'Afrique s'est ouverte au monde, sans distinction de points cardinaux, même si certains nouveaux amis orientaux se sont révélé avoir d'étranges manières. Des contrats léonins ont été signés, puis dénoncés. Des entreprises chinoises accueillies initialement avec des transports d'espoir ont mis la clé sous la porte au Congo sans prévenir, au premier fléchissement des cours du cuivre. Ailleurs, la population en est venue aux mains avec des contremaîtres ou des patrons d'Extrême-Orient. Mais, au final, tout le monde s'est habitué à voir ses routes, ses barrages, et tout ce que peut contenir une maison, des sanitaires à la vaisselle, être "made in China".

L'Afrique, au fond, ne demandait que deux choses à ses nouveaux partenaires. C'était à la fois de la faire rêver, en se souvenant qu'ils avaient été pauvres eux aussi, peu de temps auparavant. Et surtout de la dispenser des conseils et leçons, même mérités, que les amis d'hier, anciennes puissances coloniales ou simples pays partenaires, semblaient dispenser sans compter. "Nous ne voulons pas exporter nos propres valeurs et notre modèle de développement", insistait prudemment le premier ministre chinois Wen Jiabao lors d'une visite en Afrique du Sud en 2006.

De toute évidence, l'intensification des échanges avec l'Est n'a pas encore apporté la solution à tous les maux du continent. Au moment où la croissance africaine battait son plein, éclataient des émeutes de la faim, portées par la flambée des prix. Au Sénégal, où on commençait à édifier la statue de la Renaissance, le pouvoir a dû se résoudre à subventionner des denrées de base pour éviter de faire face à la colère des affamés. Au Cameroun, il y a un an, des émeutes déclenchées par l'envolée des prix se sont terminées dans le sang.

Dans cette période incertaine, une femme est en train de devenir l'héroïne d'un continent. Dambisa Moyo est zambienne, belle, riche, formée à Harvard et à Oxford. Elle a fait l'essentiel de sa carrière dans une grande banque d'affaires. Elle s'emploie désormais à convaincre que l'aide au développement telle qu'on l'a pratiquée jusqu'ici est l'un des fléaux de l'Afrique, accusant les mille milliards versés au continent depuis les indépendances d'avoir finalement entretenu la passivité, la pauvreté, et une foule d'autres effets pervers. Le débat est presque aussi ancien que l'aide elle-même. Mais Dambisa Moyo le renouvelle à sa façon, en proposant, de façon radicalement simple, d'en finir avec toute forme d'aide dans cinq ans. Cet engouement, comme les nouvelles amitiés, survivra-t-il à la crise ?

Courriel : jpremy@lemonde.fr


ce qui me fait mal c'est les

ce qui me fait mal c'est les 14 milliard de f investit dans ce projet: cela fait combien de sac de riz qui aurait pu étre distribué aux sénégalais?


et les avions ???

il y a parait il des pilotes qui s'entraînent pour atterrir a Dakar Yoff et apprendre à éviter les quilles!! ( phare des mamelles et monument à la gloire de la renaissance Africaine). heureusement qu'il n'y a pas de brouillard !

Il faut reconnaître que ce monument peut avoir ses raisons d'être, mais est ce bien le moment. Crise mondiale et surtout crise au Sénégal . 300 000 talibés qui mendient et crèvent la faim ! La famine dans les villes, des malades qui meurent faute de soins parce qu'ils ne peuvent pas payer les frais médicaux. Ces 14 Milliards n'auraient ils pas mieux servi à développer les écoles, améliorer les services hospitaliers et donner au sénégalais une vraie couverture sociale. Mais je parle dans l'air car tous les moyens financiers qui ont été déjà distribué et dilapidé sans savoir comment. La Renaissance Africaine ! Ce n'est pas une statue qui résoudra le problème et fera avncer le pays, mais des actes concrets en faveur du Peuple Sénégalais et pas pour ceux qui exercent le pouvoir et qui se moquent de ceux qui les élisent. Gabegie !


Le Binzzz : 14 milliards = 14 jours

Tout à fait d'accord lamijack.

L'association Transparency International, celle qui a entamé un procès contres les biens mal acquis par des présidents africains en France, cette association a calculé il y a deux ans que la dilapidation et les détournements correspondaient à un milliard PAR JOUR depuis que Wade est arrivé au pouvoir.

Quatorze milliards ?  Une goutte d'eau dans ce tonneau des Danaïdes et cet océan d'injustice sociale qu'est le Sénégal


Le binzzz, la décadence, la presse et les royalties

Ce monument ridicule, qui conforte l'idée que les dirigeants africains ne sont pas mâtures, commence à faire scandale au Sénégal, surtout après les révélations concernant son financement bizarre en relation avec le don d'un terrain de l'aéroport de Yoff à un promoteur privé.

Le meilleur gag et sommet de l'imbécilité ? Papy-Dof a déposé l'oeuvre comme étant sa création pour toucher des royalties... C'est pas mignon ça ?


 


 

 

Le monument de la décadence.

Par Abdou Latif Coulibaly. - mercredi 15 juillet 2009 - lagazette.sn

 

La statue de la décadence, ce titre conviendrait mieux aujourd’hui pour nommer le monument que l’Etat est en train d’édifier au sommet de cette petite colline formée aux Mamelles sous les décombres de ce volcan éteint depuis des lustres. L’information que nous soumettons à nos lecteurs cette semaine est simplement surréaliste. Si nous n’avions pas accompagné celle-ci de documents authentiques attestant la vérité de celle-ci, beaucoup d’entre vous en auraient douté. Et il n’est même pas certain qu’un tel doute soit levé chez certains d’entre vous, tant la nouvelle est inédite et choquante pour tous les démocrates qui pensent, à juste titre, que le sacerdoce confié à un chef d’Etat exige de lui un comportement irréprochable d’un bon père de famille diligent et responsable.

De ce point de vue, la statue en construction aux mamelles pour célébrer et magnifier la « Renaissance Africaine » constitue une incongruité, voire une absurdité qui déshonore notre pays et tout le continent et apparaît comme la marque d’une profonde régression de l’Afrique, plutôt le signe d’un quelconque renouveau pour ce continent. Elle est à plusieurs égards le signe d’une déchéance qui conforte tous les tenants de cette idéologie raciste qui considère à tort que l’homme africain n’est pas suffisamment entré dans l’histoire humaine. Cette statue a été conçue à l’origine comme un patrimoine commun à toute une immense communauté, et par-delà elle, un patrimoine commun à tous les hommes et femmes dans le monde. Pour tous ceux qui acceptent, sans arrière-pensée, partagent et vivent les valeurs qui font de l’être humain une créature élue de Dieu. Voilà qu’une ambition aussi généreuse et aussi essentielle, dans le combat pour la « Réhabilitation du Noir », est réduite à la simple dimension d’un homme.

La simple dimension d’un homme plus préoccupé par la construction de sa propre mythologie qu’à l’édification d’une œuvre qui restitue au Noir toute sa présence et son apport dans l’histoire de l’humanité. Comment un chef d’Etat en exercice peut-il, raisonnablement, expliquer à son pays et au monde, une décision aussi surréaliste que grotesque, que celle consistant à immatriculer en son nom personnel une œuvre édifiée avec les moyens de la Nation, avec les fonds publics, qui plus est, sur un terrain appartenant à l’Etat ? Il y a des limites que la décence interdit de franchir dans la conduite des affaires publiques. Malheureusement, de telles limites sont souvent facilement franchies dans ce continent.

Hier, Idy Amin Dada et Jean-Bedel Bokassa ont illustré à merveille, dans des proportions presque caricaturales, ce mal africain. Aujourd’hui, le chef de l’Etat nigérien, Mamadou Tandja, par sa volonté inébranlable de changer, contre l’avis de tout un peuple, la Constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir, la décision du président sénégalais d’immatriculer le monument de la Renaissance Africaine, en son nom personnel, ne déparent pas tellement les actes qui avaient, par le passé, fait de Jean-Bedel Bokassa et d’Idy Amin Dada, les symboles d’une Afrique méprisée et niée. Méprisée et niée dans son histoire riche et séculaire, berceau, comme dirait le penseur sénégalais, de l’histoire de l’humanité entière. La célébration de la renaissance de ce continent procède d’une volonté légitime des Africains de revendiquer toute leur place dans le cours de cette même histoire. Ce combat, pour légitime et juste qu’il paraisse à nos yeux, est loin de l’être pour tous ceux qui nous l’ont imposé. Et c’est à nous de les convaincre que nous avons raison de l’engager. Et que c’est dans l’intérêt de toute l’humanité de conduire et de gagner un tel combat.

Nous ne pouvons pas cependant les convaincre, quand nos dirigeants qui acceptent, à leur manière, de prendre en charge cette bataille de la renaissance, confondent la résurrection du continent avec leur (re)naissance personnelle. Dans cette affaire, on ne peut pas réduire la décision à l’expression d’un simple désir de pouvoir et de puissance. Elle est aussi l’expression d’un désir presque démentiel d’exister au-delà de l’exercice du pouvoir et de disposer d’une rente viagère par les produits collectés avec les nombreuses visites touristiques organisées sur le site. Tout se présente aujourd’hui comme si François Mitterrand avait décidé de donner un titre de propriété sur le Musée. On sait que ce grand homme d’Etat avait été d’abord motivé par un souci de faire rayonner son pays dans le domaine de la culture. Souci, certes, inséparable d’une volonté de marquer l’histoire culturelle de son pays. La vaste culture de l’homme, son goût raffiné et sélectif des beaux produits de culture expliquant le reste.

Chez nous, le souci de bâtir une mythologie personnelle combinée à des soucis financiers qui ne doivent plus jamais se poser dans l’existence d’un homme explique beaucoup de choses. Sinon même l’essentiel. Les citoyens de ce pays savent maintenant à quoi à s’en tenir avec l’édification de la statue de la « Renaissance Africaine ». Les partis politiques aussi. Un débat national doit être instauré pour que chacun de nous exprime son opinion sur cet arbitraire sans nom. Un arbitraire qui vide de son sens et de sa signification profonde cette œuvre qui va coûter 15 millions d’euros aux Sénégalais Soit 9.825. 000.000 de FCFA. On savait que le pays marchait sur la tête. Seulement, à ce point, on pouvait encore douter. Aujourd’hui un tel doute n’est plus même permis même pour qui semble toujours disposé à donner un tant soit peu de crédit à ce régime.

Abdou Latif COULIBALY


Wade, artiste de génie

Voici le document dans lequel Papy-Dof explique qu'il est un grand artiste pour avoir concu la Statue de la Décadence Wadienne, que son œuvre est déposée et que les sousous de droits d'auteur vont aller à une Fondation qu'il a créé spécialement.

Déjà, quand on voit que la Fondation Viviane Wade est gérée d'une manière tellement opaque que certains demandent sa dissolution (lire l'article)


 


 

WADE S’EXPLIQUE SUR LE MONUMENT DE LA RENAISSANCE EN CONSEIL DES MINISTRES. "Si j’ai déclaré le monument à mon nom, c’est que j’en suis le concepteur"

mardi 14 juillet 2009

« Pourquoi j’ai déclaré l’œuvre en mon nom »

Me Wade reconnaît avoir enregistré le Monument de la Renaissance à son nom. Mais il précise que c’est tout juste parce qu’il est le concepteur de l’œuvre. Et que les droits d’auteur qui seront collectés à cet effet, il va les offrir gratuitement à la « Case des Tout petits ». Des explications fournies par le chef de l’Etat hier lors de la rencontre du Conseil des ministres.

Même s’il rapporte que le président de la République s’est félicité de l’avancement des travaux de construction du Monument de la Renaissance, le communiqué du conseil des ministres a passé sous silence les explications fournies par Me Wade sur les raisons qui l’ont poussé à déclarer cette œuvre à son nom. La polémique est en effet née depuis que la « Gazette » a révélé que Me Wade avait déposé l’oeuvre à son nom et que les retombées qui vont en découler seront gérées par la « Fondation Abdoulaye Wade ». Loin de démentir les informations publiées par le magazine dirigé par Abdou Latif Coulibaly, Me Wade les a confirmées hier lors de la rencontre du conseil des ministres. Dans son intervention, Wade a affirmé, selon des sources très sûres : « Je voulais éclaircir certains points. Si j’ai déclaré le monument à mon nom, c’est que j’en suis le concepteur. Mais c’est un patrimoine de l’Etat. D’ailleurs, les droits d’auteur seront collectés par la fondation mise en place pour être reversés à la Case des Tout petits ». Le communiqué du conseil des ministres décrit ce monument comme le « Symbole de la Renaissance Africaine, ce monument en bronze de 50 m de hauteur, dressé sur l’une des deux collines des Mamelles qui, elle-même culmine à 100 m, sera à l’image de la Tour Eiffel à Paris et de la Statue de la Liberté à New York, le symbole d’une Afrique qui se libère de toutes les dominations pour entrer de plain-pied dans un monde nouveau, un monde de paix, de stabilité et de lumière ». Toutefois les contempteurs du projet dénoncent son coût très élevé (plus de 10 milliards de francs Cfa) dans un contexte économique très difficile. D’autre part, le Chef de l’Etat a évoqué la grève de la faim des travailleurs de l’hôtel Indépendance. Wade a indiqué que d’après les informations qui lui ont été rapportées, cette situation qui a conduit à la cessation de paiement de l’hôtel est due à certaines créances de l’Etat. Mieux, le Président citera nommément le ministère des Sports parmi les mauvais payeurs. Ayant remarqué l’absence du ministre des Finances Abdoulaye Diop à la rencontre, Me Wade s’est tourné vers le Premier ministre pour lui donner cette instruction : « Dîtes au ministre des Finances de les payer ».

Cheikh Mbacké GUISSE

LASQUOTIDIEN.COM


la statut sera je cite: le

la statut sera je cite: le symbole d’une Afrique qui se libère de toutes les dominations pour entrer de plain-pied dans un monde nouveau,( alors pourquoi étre tout le tant entrain de quéter dans tous les pays)

un monde de paix, de stabilité et de lumière ». Toutefois les contempteurs du projet dénoncent son coût très élevé (plus de 10 milliards de francs Cfa) dans un contexte économique très difficile.


statue

 un ouvrage pathétiquement de mauvais goût construit par un esprit mégalomane ...au moins les pharaons nous ont laissé des merveilles, même si leur peuple a sué sang et eau !!!

mais combien de cases de santé, d'écoles , de formations , de puits, de programme de nutrition pour cette somme ..

c'est triste : il y a au Sénégal des gens de grande valeur, cultivés, instruits et prêts à travailler pour leur pays, mais ce ne sont pas ceux la qu'on trouve là où il faudrait !

 


L'art serait une promotion ?

Loin de moi l'idée de faire une explication de ce que l'art serait, ou pas ? Des commandes d'état cela ne manquent pas ! En occident cela se plie généralement à une commande architecturale d'un bâtiment qui accueillera une densité culturelle, voir intellectuelle. Étant français je vous donnerais les exemples du centre Pompidou, de la pyramide du Louvre, de l'Institut du monde Arabe, de la bibliothèque François Mitterrand. Une seule chose me vient à l'esprit quand je pense Art; je pense promotion de l'Homme. L'Art au de là de tout, se fout de l'aspect économique, puisque il se tient au delà, s'émancipe du Cultuel d'où il se trouve, puisqu'elle se voue à l'universalisme. Fustiger cette œuvre est nécessaire, la bannir est une erreur par contre. Sa première vocation s'adresse à notre esprit et là, le pari est gagné. A travers elle s'étend toute notre pensée, tout nos sarcasmes, toutes nos idées de là où elle se trouve, tout ce qu'elle signifie à nos yeux. L'aspect de transfiguration est limite instantané et elle ment; et tous nous le savons. C'est pour cela qu'au fond elle finit par être révélatrice et qu'elle remplit sa mission; celle d'être une œuvre, celle qui de nos yeux à notre cœur ne dit plus qu'un mot, je suis cela la et je suis là, il y a ce monde là et la compréhension de ce monde, soit la dépossession matérielle de qui que ce soit.

Au final le seul perdant à travers elle sera Wade, des gagnants en fait il ne peut en avoir puisqu'elle est nous dit qu'une vérité et qu'elle se retourne contre son promoteur.

 


Synthèse de l'histoire du Binzzz

SABINE CESSOU envoyée spéciale à Dakar (Sénégal) Libération

D’un bras, un géant africain de cinquante mètres tient un bambin qui pointe l’horizon du doigt. De l’autre, il entoure la taille d’une femme toute en rondeurs et court vêtue, cheveux aux vents, face à l’Atlantique. Achevé fin novembre, ce monument de la Renaissance africaine ne se visite pas encore, mais saute aux yeux des visiteurs, dès leur arrivée à l’aéroport de Dakar. Bâti comme la statue de la Liberté sur une structure en acier, cet édifice, creux à l’intérieur, comprend plusieurs salles sur quatre étages et un ascenseur qui mène au bonnet du personnage masculin. Incrustée de baies vitrées, cette tête africaine offre une vue panoramique sur la péninsule du Cap-Vert. Situé à la pointe la plus occidentale de l’Afrique, le bronze est planté sur l’une des «Mamelles», les deux seules collines de la capitale sénégalaise.

Sarkozy sur la tour Eiffel

Ce grand projet d’Abdoulaye Wade, le président libéral du Sénégal, âgé de 82 ans, défraie la chronique depuis plusieurs mois. Le monument est contesté pour son style, son coût, son mode de financement et ce qu’il représente du point de vue politique. «Folie des grandeurs», «vanité», «mégalomanie»… Les critiques ne manquent pas, sur les blogs et dans la presse sénégalaise. Interrogé par Libération, Abdoulaye Wade les balaie du revers de la main. «Je comprends, dit-il. Quand le président Mitterrand a fait sa Grande Bibliothèque, il y a aussi eu beaucoup de polémiques.»

L’inauguration devait avoir lieu le 12 décembre, en présence d’une vingtaine de chefs d’Etat africains, avec vidéoconférence proposée par le chef d’Etat sénégalais entre lui-même, Barack Obama sur la statue de la Liberté et Nicolas Sarkozy sur la tour Eiffel. Ces deux dirigeants ayant décliné l’invitation, l’inauguration se fera sans eux, le 4 avril 2010, pour le cinquantenaire de nombreuses Indépendances africaines, dont celle du Sénégal.

En attendant, les avis restent partagés sur l’interprétation à donner au trio homme-femme-enfant. «C’est l’Afrique sortant des entrailles de la terre, quittant l’obscurantisme pour aller vers la lumière», précise Abdoulaye Wade. Des esprits mal tournés y voient plutôt l’élan migratoire des Sénégalais, pointant du doigt les Etats-Unis ! Le style néoréaliste paraît plus tourné vers un passé soviétique que n’a jamais connu le Sénégal que vers un avenir africain.

«C’est un essai estudiantin, qu’on dirait fait par un écolier, totalement illisible pour un artiste averti, parce que bien trop banal», tranche un peintre sénégalais de renommée internationale, qui préfère garder l’anonymat sur ce sujet très politique. Une caricature circule en effet sur Internet, sur laquelle les visages de bronze ont été remplacés par ceux du président, de la première dame Viviane - une Française née à Besançon - et de leur fils Karim Wade. Après sa défaite aux élections municipales de Dakar, en mars, Karim Wade, 41 ans, a été nommé par son père ministre d’Etat en charge de la Coopération internationale, de l’aménagement du territoire, des transports aériens et des infrastructures.

L’œuvre a été conçue pour se mesurer aux plus célèbres monuments du monde. «Elle est plus haute que la Statue de la liberté, 46 mètres, et que le Christ rédempteur de Rio, 43 mètres», se réjouit Abdoulaye Wade. Et si l’on compte, comme le Président le fait parfois, la colline sur laquelle elle a été dressée, on arrive à 150 mètres. Deux fois moins, quand même, que la tour Eiffel…

Ousmane Sow au placard

A cause de ce projet, Abdoulaye Wade et le grand sculpteur sénégalais Ousmane Sow se sont totalement brouillés. Selon les proches d’Ousmane Sow, l’idée du monument a germé voilà environ treize ans, lors d’une discussion informelle. Alors ministre d’Etat sans portefeuille, Wade avait suggéré l’édification d’une statue sur une colline. Ousmane Sow, déjà très célèbre, avait proposé de modeler un homme et une femme, rentrant au pays avec leur enfant. Allusion au retour des anciens esclaves sur la terre natale, dans une évocation, qui se voulait positive, de la traite négrière. Elu à la présidence en 2000, Abdoulaye Wade a demandé au sculpteur une maquette à échelle humaine. Ce qui fut fait, dans l’esprit des Peuls qui figuraient dans la rétrospective consacrée à Ousmane Sow en 1999, sur le pont des Arts à Paris. «Ousmane était toujours un peu perplexe sur le coût et l’ingénierie du projet, confie son amie, la réalisatrice française Béatrice Soulé. Il n’était pas sûr de la taille de l’œuvre ni de l’emplacement choisi. En fait, rien n’était défini.» En avril 2002, en arrivant à Dakar, le sculpteur apprend que la première pierre de l’édifice vient d’être posée. Quelques jours plus tôt, des photos de sa maquette lui ont été demandées de toute urgence par la présidence. Or, c’est une tout autre œuvre que la sienne qu’il découvre à la une des journaux. Un homme, une femme et un enfant, qu’il pense dessinés à l’ordinateur. «Une statue affreuse et sans aucun rapport avec l’original», affirme Béatrice Soulé. Depuis, l’artiste a mis sa maquette au placard, chez lui, et ne veut plus en entendre parler.

Pierre Goudiaby, architecte sénégalais, proche et conseiller du président, a pris rendez-vous avec une fonderie française pour «le projet Ousmane Sow». Le directeur de la fonderie ayant passé un coup de fil au sculpteur et découvert le pot aux roses, le marché n’a pas pu se conclure en France. Il l’a finalement été à moindre coût en Corée du Nord, un pays expérimenté en matière de sculptures monumentales.

Abdoulaye Wade, lui, donne une tout autre version de l’histoire. L’idée est bien la sienne, assure-t-il. Elle figure d’ailleurs en toutes lettres dans son livre, Un destin pour l’Afrique, publié en 2005. Il se cite : «Si j’étais un sculpteur, je mettrais en place trois personnages les bras ouverts dans un élan d’étreinte. Deux sur une marche supérieure, l’Europe et les Etats-Unis, sont plus rapprochés. Le troisième, l’Afrique, un peu plus éloigné, aux formes saisissantes de pureté et de force, tend aussi les mains». Dans le livre, une note de bas de page indique que «finalement, à la place des trois personnages, j’ai conçu une seule statue». Explications du Président : «Je me suis dit que si je faisais un bonhomme seul, on me dirait : "où est la femme" ? Et qu’il faudrait aussi ajouter un enfant.» Le président reconnaît avoir fait appel à Ousmane Sow, avec un résultat décevant. «Il avait fait un petit personnage avec un chapeau mexicain», assure le président.

Ni pagne ni seins nus

Abdoulaye Wade a préféré faire appel à un jeune dessinateur sénégalais dont il explique avoir «perdu le nom», se promettant de lancer un appel par voie de presse pour le retrouver. «Il m’a fait un premier dessin, ça n’allait pas, on a travaillé longtemps. Puis j’ai appelé un sculpteur hongrois basé à Paris.» Virgil, en fait d’origine roumaine, sculpteur officiel de l’armée de terre française et spécialiste des oeuvres monumentales, a été présenté à Abdoulaye Wade par Gemo, un bureau d’études et d’ingénierie basé à Paris.

En 2003, Virgil passe quatre jours à Dakar pour finaliser le modèle de 50 centimètres qui servira à faire la statue intermédiaire de 5 mètres, avant de passer au grand modèle final. Des discussions multiples, en présence de l’architecte Pierre Goudiaby, obligent le sculpteur à changer plusieurs fois le modèle. Viviane Wade, la première dame, insiste pour que la femme ne reste pas en pagne et seins nus. Après l’exécution en toute urgence, en juillet 2003, d’une statuette offerte au président américain George Bush, plusieurs rendez-vous à Paris et une dispute avec le président Wade sur la question des droits d’auteur, Virgil n’a plus eu de nouvelles du Sénégal.

Un appel téléphonique de Libération lui apprend, six ans plus tard, que la statue existe et qu’elle appartient exclusivement au président du Sénégal. «Incroyable ! s’exclame Virgil, manifestement sous le choc. Voilà plusieurs années que j’attends des nouvelles. J’ai toujours 7 600 euros d’impayés, sur un contrat de 30 500 euros passé en 2001 pour faire des maquettes.»

Côté financements, le président Wade ne se voit pas seulement reprocher le coût de la statue, 26 millions d’euros, dans un pays pauvre. Pour financer le projet, il a cédé 27 hectares de terrains publics autour de l’aéroport de Dakar. La société nord-coréenne chargée par Pierre Goudiaby d’exécuter le monument a accepté d’être payée en terrains, vite revendus à une caisse de retraite sénégalaise. Abdoulaye Wade a aussi provoqué l’indignation, en annonçant qu’il empocherait 35 % des recettes générées par le monument, en tant que «concepteur» du projet. Il fera généreusement don du reste à l’Etat. Il a déposé entre 2007 et 2008 la propriété intellectuelle du monument à son nom, dans de nombreux pays.

Initialement, les royalties devaient aller dans les caisses d’une Fondation de la Renaissance africaine, dont la direction serait confiée à Karim Wade. «Mon fils n’a rien à voir là-dedans», affirme aujourd’hui Abdoulaye Wade, qui a manifestement changé d’avis. Il nous annonce que la fondation sera finalement gérée par sa fille Sindiély ! Il n’est plus question de partage avec l’Etat : «100 % des recettes iront à la fondation à la Case des tout-petits», ces crèches qui ont essaimé à travers le pays depuis qu’il est au pouvoir. Abdoulaye Wade n’éprouve aucun remords. «Je suis le propriétaire du monument et je peux le reproduire comme je l’entends», affirme-t-il. Quelque 200 répliques de 5 mètres ont déjà été commandées, pour être vendues aux villes et pays qui seront preneurs. Des bronzes de 40 cm sortiront aussi d’un atelier installé à Dakar. «Senghor [poète et père de l’indépendance du Sénégal, ndlr] a bien fait quatre livres pendant qu’il était président, affirme Abdoulaye Wade. Personne ne lui a réclamé ses droits d’auteur!»

Condamné par les imams

 

Au pied du monument, un amphithéâtre est en construction. Derrière la statue, entre les collines et la mer, un hôtel 7 étoiles, le second du monde après le Burj al-Arab, à Dubaï, doit voir le jour sous l’égide du groupe koweïtien El-Kharafi. Les imams du Sénégal - un pays musulman - ont condamné le monument, le 11 décembre, lui reprochant entre autres de figurer un homme et une femme quasiment nus. «Les imams qui disent que c’est contraire à l’islam sont des ignorants ! rétorque Abdoulaye Wade. Le Coran dit que la représentation d’un humain est interdite pour l’adorer. C’est l’adoration qui pose problème. Mais c’est accepté pour la beauté, l’esthétique ou pour transmettre un message utile.»

Du côté des habitants de Ouakam, quartier populaire qui se trouve au pied du monument, les critiques se font plus rares. «J’ai compté, il y a 198 marches, s’enthousiasme un commerçant. Le monument crée des emplois et va rapporter des devises.» Sur le site, même son de cloche. De jeunes Dakarois et des touristes viennent prendre des photos. «Ça fait partie de l’embellissement de Dakar, affirme Ablaye Gueye, chef de chantier. Dedans, c’est tout un immeuble, un chef-d’œuvre. Cet édifice est dans la même ligne que vos statues, en Europe et en Amérique. Pourquoi l’Afrique n’aurait pas son monument?»


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